Regard sur les réalités des femmes au Québec
Saviez-vous que?
D’où proviennent les informations recueillies?
Les études du CRSA ont été effectuées en partenariat avec des organisations présentes dans l’action, issues du mouvement des femmes ou impliquées dans d’autres domaines comme le secteur famille, le développement social ou des communautés, et ce, dans plusieurs régions du Québec. Le CRSA a consulté des centaines de personnes (femmes directement concernées, intervenantes et intervenants, autres acteurs et actrices de différents milieux) par entretiens individuels et de groupe ou par sondage.
Qu’est-ce que les résultats des études révèlent?
Le vécu des femmes est complexe et présente de nombreuses facettes interreliées les unes aux autres. De ces différentes réalités découlent des besoins particuliers. La satisfaction de ces besoins se heurte à une diversité d’obstacles. Ceux-ci requièrent de consolider des actions déjà en place et d’en développer de nouvelles afin d’améliorer les conditions de vie et le bienêtre des femmes.
Les points de vue des personnes ayant contribué aux études indiquent l’importance de porter un regard sur les réalités des femmes dans une perspective intersectionnelle. Les femmes vivant à la croisée des oppressions font face à une grande complexité de situations les rendant plus vulnérables.
Une perspective intersectionnelle
L’intersectionnalité est une lunette d’analyse qui met en lumière les inégalités vécues par les femmes en tenant compte du fait qu’elles vivent différentes formes d’oppression qui se croisent et se renforcent selon les groupes sociaux auxquels elles appartiennent. Les femmes rencontrées lors des études du CRSA ont témoigné de leurs expériences de vie marquées non seulement par le sexisme, mais parfois aussi par le racisme, l’âgisme, les conditions sociales, la situation de handicap, etc.
Réalités sur lesquelles les femmes se sont exprimées
- La précarité économique et la pauvreté
- Les violences
- La charge mentale
- L’isolement
- La santé physique et psychologique
- L’emploi
- Le transport
- Le logement
- L’itinérance et l’instabilité résidentielle
- Le vécu en milieu rural
Populations directement concernées
- Femmes qui sont mères
- Femmes immigrantes et/ou racisées
- Femmes autochtones
- Femmes en situation de handicap
- Femmes aînées
- Femmes marginalisées
- Jeunes femmes
Le vécu des femmes
Précarité économique et pauvreté
La précarité économique ou la pauvreté font partie de la vie de la majorité des femmes rencontrées et ont façonné leurs parcours, à un moment ou à un autre. Vivre dans cette situation peut être une conséquence d’autres enjeux (violence conjugale, emploi, etc.). La précarité économique ou la pauvreté peuvent aussi être des facteurs entrainant certaines difficultés dans la vie des femmes (difficulté à payer pour des biens et des services, difficulté à se loger, etc.).
« J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup de factures à payer. C’est sûr qu’il faut pas que j’y pense, parce que ça me rend tellement anxieuse. »
Violences
Toutes les femmes sont vulnérables à vivre des violences (sexuelle, conjugale, financière, institutionnelle, etc.), mais certains groupes de femmes le sont davantage : femmes en situation de handicap, femmes autochtones, femmes en situation de précarité financière ou marginalisées.
Les effets (psychologiques, physiques, relationnels, financiers) sur les femmes, durant et après les épisodes de violences sont importants.
« J’ai vécu beaucoup de violence avec mon ex, aujourd’hui encore j’ai peur de rencontrer un homme. La peur est toujours là. »
Charge mentale
Les femmes continuent à porter la charge mentale, notamment au sein des familles, et cette charge a des effets sur leur bienêtre et leur santé.
Le stress, l’anxiété, l’insomnie, la fatigue, le sentiment de culpabilité et d’isolement sont des effets de la charge mentale sur les femmes.
« Je me suis battue seule pendant 12 ans à travailler pour deux parce que le papa de mes 3 plus jeunes a pas voulu m’aider […]. Je travaillais beaucoup, beaucoup d’heures. Je vous dirais que je faisais une centaine d’heures par semaine pour y arriver, pour subvenir aux besoins de mes enfants. Mais là, aujourd’hui, je suis en arrêt de travail. Épuisement total, de cette charge financière, les charges émotives qui étaient débordées de tout bord, tout côté. »
Isolement
Que ce soient des femmes ayant vécu de la violence conjugale, des femmes aînées, des femmes en situation de handicap ou de précarité financière, des femmes immigrantes ou des femmes marginalisées, plusieurs ont un faible réseau social et familial. Elles se retrouvent donc seules à faire face aux difficultés rencontrées.
« J’habite au 3e étage. L’hiver, je ne sors pas de chez moi. Je me fais livrer la nourriture et je reste chez nous. Le temps est long, mais j’ai peur de tomber dans les escaliers. Il n’y a plus de concierge pour déneiger les marches. »
Des réalités transversales
L’analyse du vécu des femmes fait ressortir que certaines situations sont présentes peu importe les difficultés qu’elles vivent.
La responsabilisation individuelle des femmes
Les femmes endossent souvent la responsabilité de leurs difficultés alors qu’il s’agit de conséquences collectives découlant de situations qui les dépassent largement (systèmes de domination, problèmes dans les services, etc.). Ainsi, elles sont nombreuses à ressentir de la honte et de la culpabilité et à chercher des réponses individuelles aux obstacles rencontrés.
La tolérance et l’adaptation à des situations inacceptables
Les multiples obstacles rencontrés jumelés aux différentes réalités vécues font en sorte que plusieurs femmes « endurent » des situations qui portent atteinte à leur santé physique et psychologique ainsi qu’à leur dignité. Certaines se « contentent » de situations inacceptables à cause de l’intériorisation des discriminations vécues. Cette intériorisation peut se traduire par une faible estime qu’ont les femmes d’elles-mêmes et par une dévaluation de leurs capacités et aspirations.
La difficulté des femmes à exprimer ce qu’elles vivent et à faire valoir leurs droits
Les femmes ont souvent évoqué leur difficulté à exprimer ce qu’elles vivent et ce qu’elles ressentent, ainsi qu’à faire valoir leurs droits. La peur des représailles, si elles défendent leurs droits, est également un facteur contraignant les femmes à accepter des situations inacceptables.
Une prise de parole libératrice et solidaire
Plusieurs femmes ayant participé aux activités de collecte de données en ont parlé comme étant une expérience positive. Il s’agissait pour elles d’une rare occasion collective de partager leur vécu. Elles ont eu le sentiment d’être écoutées et entendues. Elles ont pu aussi constater le fait de ne pas être seules à vivre l’une ou l’autre des situations.